Je viens enfin de finir ce livre de Pennac. Il était dans ma liste depuis des mois et j'ai finit par l'emprunter à la
bibliothèque.
Une seule phrase : extraordinairement véridique, tout est plein de bon sens, ça transpire la vérité, il n'y a même plus de débat à faire...plus qu'a trouver des
solutions pour améliorer les choses car tout n'est pas noir non plus à l'école, heureusement.
Encore un livre qui vient valider mon idée que les étiquettes font énormément de mal aux enfants, elles les obligent à respecter leurs caractéristiques : Tu es
méchant, nul, violent, timide, impatient, paresseux...
Ainsi, ils ne sont plus eux (avec des défauts par moments, comme nous les adultes en sommes), ils ont le devoir d'être ce que nous pensons d'eux. Et mieux vaut que
l'on s'occupe de moi pour ma méchanceté que de pas exister aux yeux de mes parents.
A la maison, c'est l'utilisation du JE qui nous permet de ne pas caractériser nos enfants. "Je suis déçue que mon vase soit cassé, je l'aimais beaucoup" est plus
constructif que le "tu es toujours aussi maladroit, tu ne pouvais pas faire attention ? " Ainsi le problème n'est pas ce qu'est l'enfant, mais le sentiment que j'ai d'avoir eu ce vase cassé. Et
cela change tout, vraiment, il suffit de se forcer quelques temps à répondre de cette façon pour voir que les rapports entres parents/enfants s'améliorent.
Je ne peux recopier tout le livre évidemment mais je ne résiste pas à l'idée de partager un passage que j'ai adoré et qui s'applique à toutes les situations
:
" Combien de fois nous sommes nous demandé, en prononçant l'accusation "tu le fais exprès", ce qu'exprimait le pronom complément le, en l'occurrence ?
Exprès de quoi faire ? La dernière bêtise en date ? Non, le ton sur lequel nous avons lancé cette accusation (car il y a le ton aussi !) laisse clairement entendre que le coupable le fait toujours
exprès, que chaque fois il le fait exprès, que cette bêtise est la confirmation de cette obstination. Alors, exprès de quoi faire ?
De ne pas m'obéir ?
De ne pas travailler ?
De ne pas te concentrer ?
De ne pas comprendre ?
De ne pas même chercher à comprendre ?
De me résister ?
De me faire enrager ?
D'exaspérer tes profs ?
De désespérer tes parents ?
De céder à tes pires faiblesses ?
De saboter ton avenir en pourrissant ton présent ?
De te moquer du monde ?
C'est ça, hein, tu te moques du monde ? tu nous provoques ?
Tout cela, oui, si on veut, admettons.
Se pose alors la question de l'adverbe. Pourquoi exprès ? A quelle fin ? Pour quelle raison ferait-il cela ? Il faut bien qu'il poursuive un but,
puisqu'il le fait exprès.
Exprès pour quoi ?
Pour jouir du moment ? Tout simplement jouir du moment ? Mais l'inévitable moment suivant, celui qu'il passe avec moi, est un très mauvais quart d'heure, lui,
puisque je l'engueule ! Peut être veut il vivre paisiblement en l'état de paresse, indifférents aux engueulades ? une sorte d'hédonisme ? Non, il sait très bien que le bonheur de ne rien faire se
paie au prix de regards méprisants, de réprobations définitives qui engendre le dégoût de soi. Alors ? Pourquoi le fait-il néanmoins exprès ?
Pour s'attier la considération des autres cancres ? Parce que s'appliquer, ce serait trahir ? Il joue volontairement les mauvais contre les bons, les jeunes contre
les vieux ? C'est sa façon à lui de se socialiser ?
Si on veut. En tout cas, c'est la thèse favorite de la modernité : la tribalisation de la nullité, la fuite de tous les mauvais élèves dans le vaste marigot où
grouille la racaille. Elle a ceci de commode, cette explication, qu'elle repose sur une certaine vérité sociologique, le phénomène existe, aucun doute. Mais elle évacue la personne, toujours
unique, du gamin qui, phénomène de bandes ou pas, se retrouve seul à un moment ou à un autre, seul face à ses échecs, seul face à son avenir, seul le soir, face à lui-même avant de se coucher.
Envisageons-le alors. Regardez-le bien. Qui pourrait parier un centime sur son sentiment de bien-être ? Qui pourrait le soupçonner de le faire exprès ?
Tu le fais exprès...
A vrai dire, aucune des ces explications n'est absolument satisfaisante. Toutes tiennent plus ou moins, mais...
Ici, une hypothèse :
Se pourrait-il qu'au mépris de toute règle grammaticale le pronom le désigne aussi un objet extérieur à la phrase ? Nous-même par exemple..La dégradation de
notre image à nos propres yeux. Notre image, qui a tant besoin, elle aussi, de son bon miroir.
Un le qui accuserait l'autre -ici le mauvais sujet- de me renvoyer l'image d'un adulte impuissant et inquiet, victime d'une incompréhensible fin de
non-recevoir. Dieu sait pourtant qu'ils sont sains, les principes que je veux inculquer à cet enfant ! Et légitime le savoir que je dispense à cet élève !
A la solitude de l'enfant répond ma propre solitude d'adulte.
Tu le fais exprès."
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