Respect du choix de maternage

Publié le par Magali

        J'ai trouvé, en surfant sur un blog z'amie cette magnifique lettre d'un pédiatre qui ma foi remet bien les choses en place.  Toutes les mamans devraient pouvoir le lire, allaitant ou non, c'est  juste du RESPECT et ça fait du bien !

Coordination Française pour l’Allaitement Maternel

Coordination Française pour l’Allaitement Maternel Siège social :

22 rue Chènedollé - 14500 Vire

Secrétariat de l’IHAB :

12 Rue Parmentier - 33510 Andernos les Bains – Tél. : 05 56 82 07 59

Président :

Dr Marc Pilliot – 40, rue du Docteur Leplat – 59150 Wattrelos – Tél. : 06 11 96 13 13

Dr Marc PILLIOT Wattrelos, le 07 Mai 2004

Président de la CoFAM

Ceci est une lettre ouverte à

Mr le Docteur Aldo NAOURI

6 rue Campo Formio

75013 PARIS

Monsieur,

    Dans L’Express du 19 avril dernier, et dans le « Elle » du 26 avril, vous lancez un cri d’alarme contre la toute-puissance des mères.

Et je suis abasourdi par vos propos culpabilisants.

Je suis pédiatre comme vous, un pédiatre de terrain qui a travaillé des années en néonatalogie

et qui exerce maintenant dans l’une des rares maternités en France qui soient « Amies des

Bébés », alors qu’il y en a plus de 50 au Royaume-Uni, plus de 500 en Europe, et environ

18000 dans le monde. Président de L’ENVOL, je vous avais convié à Lille, il y a plusieurs

années, pour un congrès auprès des professionnels de l’enfance. Actuellement Président de la

CoFAM (Coordination Française pour l’Allaitement Maternel), c’est à ce titre que je vous écris aujourd’hui.

Vous lancez un cri d’alarme contre la toute-puissance des mères.

Quant à moi, je lance un cri d’alarme contre la toute-puissance des médecins.

C’est surprenant de voir le nombre de médecins qui donnent des avis sur le lien mère-enfant.

C’est déconcertant de voir si peu de psychiatres investir les maternités et les services de

néonatalogie. Et pourquoi si peu de psychanalystes ont écrit sur l’allaitement maternel, alors

qu’il s’agit d’un moment formidablement riche pour l’observation de l’établissement des

liens ? Et tous ces professionnels donnent des avis péremptoires, sans appui scientifique !

Quels sont donc leurs peurs et leurs fantasmes pour agir de la sorte ? Avant de vouloir donner

des conseils, les médecins devraient être attentifs à leurs mouvements internes, leurs

croyances, leurs hésitations. Dans ce sens, le livre « L’art d’accommoder les bébés » de

Mmes Delaisi de Parseval et Lallemand est une extraordinaire leçon de modestie pour qui

veut donner des conseils aux parents.

Certes, je suis en plein accord avec vous lorsque vous vous inquiétez : « depuis

quelques décennies, les petits n’ont jamais été en si bonne santé physique, mais ils présentent

une quantité impressionnante de troubles de langage, d’apprentissage, de comportement,

etc… ». Certes, beaucoup de mères « sont mues par une inquiétude excessive » et « ont besoin

de sursatisfaire leur enfant ». Mais, que diable, pourquoi accuser les mères d’être toutespuissantes

et les pères de ne plus savoir s’y opposer !

Regardons plutôt comment la Médecine et la Société ont transformé la naissance et les

premières années de l’enfant. « On a mis de la technologie là où il y avait de la sensorialité »

(Boris Cyrulnik). Tous les repères sensoriels, affectifs, psychologiques, voire sociaux sont

perturbés par notre façon d’accueillir les bébés :


• L’hypermédicalisation de la grossesse fait croire aux mères qu’elles peuvent être

dangereuses et leur fait perdre confiance en elles-mêmes.

• La naissance dans les maternités est souvent un ensemble de non-sens

physiologiques et psychoaffectifs destructeurs des liens. Bien peu nombreux sont

les endroits où il y a un respect des désirs des parents et de leur projet autour de la

naissance, un respect des rythmes et de la physiologie du nouveau-né, un respect

de la proximité mère-enfant et du « peau contre peau » pourtant si fondamentaux

dans l’établissement des liens chez tous les mammifères.

• Tout est fait en maternité pour qu’une maman qui veut allaiter ne réussisse pas son

allaitement, augmentant ainsi son manque de confiance en elle. En France, nous

avons un véritable vide de formation et d’information des professionnels qui laisse

la place à toutes les projections personnelles, d’où les injonctions et les diktats

plutôt que les conseils ou « l’accompagnement ». Ainsi vos propos vont à

l’encontre de tous les travaux scientifiques récents et de tout ce que préconise

l’ANAES.

Enfin, tout est organisé dans notre société pour des séparations précoces, au risque

de créer des frustrations chez les parents et des angoisses chez les nourrissons et

les jeunes enfants. Le père a autre chose à faire que de couper le cordon à la

naissance. Pourquoi culpabiliser les parents qui vivent en proximité avec leur jeune

nourrisson ? Pourquoi celui-ci devrait-il aller en crèche déjà à deux mois, au risque

d’attraper une bronchiolite ? Pourquoi mettre un enfant à l’école à deux ans ?

Pas étonnant, avec tout cela, qu’on se retrouve avec des parents qui ont perdu

confiance en eux et qui ne savent plus s’y prendre ! Pas étonnant qu’on crée de l’angoisse, y

compris chez les bébés, en provoquant de telles séparations dès le début de la vie ! Pas

étonnant qu’il y ait autant de frustrations de toutes parts ! Et comment rattraper tout cela,

sinon en cherchant à compenser par des surprotections et/ou des incapacités de donner des

limites pendant les années suivantes ?

Oui, je lance un cri d’alarme contre la toute-puissance des médecins.

Mères, Pères, ne vous laissez pas influencer par ces psys et ces éducateurs pressés de rendre

votre enfant autonome. Pour s’épanouir, l’enfant a besoin d’un « long bain maternel ».

Le maternage permet d’aborder l’enfant comme une personne inachevée, encore immature.

Il permet d’exprimer une certaine « bonneveillance » comme le précise le Dr Daniel Marcelli.

Le maternage permet aux parents de trouver leurs marques et au nourrisson d’être sécurisé dès

le départ. C’est ensuite seulement que viendra l’éducation, avec le rôle maturant de la

frustration. Vos propos sont des « empêcheurs de maternage ». Vous culpabilisez les parents

et vous les mettez dans l’incapacité d’agir. Votre vision de l’autorité parentale est

manichéenne. « L’autorité ne doit plus être sexuée ; les hommes ont le droit d’être

affectueux ; et les femmes ont le droit d’énoncer la Loi » (Boris Cyrulnik)

L’allaitement maternel est un moyen d’échapper à toutes ces déviances de notre

Société… C’est une très bonne école pour apprendre à lâcher prise, pour respecter les rythmes

biologiques, pour être à l’écoute de son enfant, mais aussi à l’écoute de soi-même.

Contrairement à ce que vous affirmez, les enfants nourris longtemps au sein sont plus

facilement autonomes. Winnicott insistait déjà sur cet « espace transitionnel » qui permet à

l’enfant de progressivement se construire.


C’est pourquoi le label « Hôpital Ami des Bébés » (traduction de Baby Friendly

Hospital), créé par l’OMS et l’UNICEF, est un extraordinaire outil pour les professionnels de

maternité et au profit des parents. Cela oblige les professionnels, toutes spécialités et grades

confondus, à réfléchir sur la nature et les objectifs des soins. Tout en restant très vigilant sur

les soins médicaux et la sécurité, c’est une démarche centrée sur l’enfant et sa famille, et non

plus sur les soignants et l’organisation du service. Cela oblige donc à une forte remise en

question des gestes et des habitudes pour respecter la physiologie et les rythmes biologiques

de l’enfant et de sa mère (allaitante ou non), et pour répondre le mieux possible aux besoins

de tous les nouveau-nés, allaités ou non.

Alors la famille retrouve ses repères, les parents sont plus confiants en leurs capacités, les

allaitements sont plus réussis et plus longs (Radford 2001 ; Cattaneo et al 2001), et même les

risques de sévices sont très nettement diminués (Acheson 1995 ; Lvoff et al 2000 ; Strathearn

2002). Quant au soignant, il retrouve sa vraie place :

- ne pas juger, ne pas fustiger, ne pas culpabiliser, ne pas nuire ;

- mais plutôt observer, surveiller, évaluer, sans agir si cela n’est pas nécessaire ;

- soutenir, accompagner, encourager, être « avec… » et non pas « à la place de… »

Voilà pourquoi vos propos m’ont indigné et je m’insurge d’autant plus que votre

médiatisation peut leur donner du poids.

De grâce, restons modestes et arrêtons de culpabiliser les mères en général et celles qui

allaitent en particulier. De grâce, laissons les parents vivre leurs émotions sans avoir peur

d’être jugés par un « spécialiste ». Et de grâce, si nous nous prétendons spécialistes, faisons en

sorte que nos propos soient fondés sur des preuves scientifiques.

Je vous prie de croire, Monsieur, à l’expression de mes salutations distinguées.

Dr Marc PILLIOT

Président de la CoFAM

Président de L’ENVOL

Pédiatre à la Clinique Saint-Jean de Roubaix

2ème maternité en France à avoir obtenu

le Label « Ami des Bébés »

décerné par l’OMS et l’UNICEF

Publié dans Allaitement

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Babeth78 12/06/2008 10:38

Merci, merci, merci...

Magali 12/06/2008 22:34


de rien ;-))


Christelou 09/06/2008 20:54

Oui quel plaisir et aussi quel soulagement de voir qu'un professionnel de santé peut comprendre ça : Merci à vous Dr Pilliot pour ces mots.

Eosine 21/09/2007 16:36

Ca fait plaisir de lire ça...