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Mercredi 20 décembre 2006 3 20 /12 /Déc /2006 11:40
Récit de naissance d'Anaël (06/08/06)

Quelle bonne nouvelle d'apprendre que je suis enceinte, dans quelques mois nous serons 4 !
Comment faire naître le plus naturellement ce bébé sans lui faire subir la panoplie médicale à laquelle Benjamin a eu droit il y a deux ans ? J'ai beaucoup lu sur le sujet, je sais aujourd'hui que nombre d'actes médicaux automatiques ne sont pas toujours nécessaires voir néfastes.
L'idée d'accoucher à la maison fait son chemin dans ma tête, j'ai rencontré des mamans qui l'on fait, mon mari trouve que ce serait mieux. Mais comment trouver une sage femme disponible entre le 1er et 15 Aout, elles sont si peu à le faire ?

C'est ainsi qu'en discutant sur un forum, une maman me donne les coordonnées d'une sage femme de Nantes qui se déplace aussi loin (1h 30 de route). Et quelques jours plus tard, grâce à Caroline, je rencontre Joëlle. Elle accepte d'être là mais ne peut garantir sa disponibilité car je suis sa maman "joker". Elle fait habituellement 4 accouchements par mois et je suis la 5ème !
Elle a accepté car elle nous sentait prêts et motivés tous les deux.

Les mois passent, me voilà avec un bon bidon, toutes les conditions sont bonnes (bébé tête en bas...).
Et puis, le 6 Août, 6 jours avant les prévisions...La journée commence comme un dimanche habituel, je guette les signes car j'ai vraiment envie d'accoucher avant la fin de semaine.
Ma mère arrive Jeudi et comme elle n'est pas au courant de notre choix je préfèrerais que le bébé soit là avant...

Il est 14 heures, Benjamin réclame sa tétée pour la sieste et, comme depuis plusieurs jours, s'en suit une série de contractions. Je trouve qu'aujourd'hui elles sont bien plus régulières et surtout plus nombreuses. A 15 heures j'en ai toujours mais se sont des vaguounettes, alors je ne m'arrête pas trop dessus car je ne veux pas me donner de faux espoirs.
Je décide de me laver (j'étais encore en pyjama) et au moment d'aller dans la douche, je me dis "tiens non, je vais plutôt faire un bain, ça fait longtemps"
Finalement je fais trempette pendant une heure quand même ! Il fait beau et chaud aujourd'hui, ça m'a fait du bien.

Vers 16 h 30, Benjamin se réveille et l'on prend le goûter ensemble, tous les trois (pour la dernière fois, mais ça je ne le savais pas encore...). Je mange une pêche et Benjamin récupère la fève dans le noyau. Il veut la planter, ok après le goûter.
Et là, j'ai une énorme douleur dans le bas ventre, comme si on broyait mes intestins. Je marche pliée en deux et je ne sais pas comment me mettre. C'a m'est déjà arrivé jeudi dernier, j'ai du aller chez la voisine car je ne pouvais pas m'occuper de Benjamin. Et là c'est encore plus fort.
Je m'allonge dans le canapé et finalement ça va mieux mais j'ai pas trop envie de bouger.

Simon et Benjamin s'attellent à planter le pêcher et vont récuperer l'eau de mon bain pour arroser la graine et les plantes de la maison par la même occasion.
Il doit être 17 h 30 maintenant, et je sens que les contractions commencent, elles sont douces mais régulières. A 18 h je dis à Simon que oui je suis sûre maintenant que ça a commencé.
J'ai des contractions toutes les 5/6 minutes. Je suis toujours allongée sur le canapé et je ne suis pas bien. Mais assise c'est pire ! Alors, je commence a marcher, je fais les 100 pas dans la maison, en évitant le bazard qui traine par terre et il y en a vraiment beaucoup !
Je vais de nombreuses fois aux toilettes et pour pas grand chose car je suis si mal en position assise que je ne me détend pas assez. Je suis assise, puis j'ai la nausée. Je vomis : vive le lave main en face de moi ! Il est 18 h 30, je me dis : "là il faut que j'apelle Joëlle".

Elle est dispo, doit repasser chez elle, puis direction Sens de bretagne. Elle me rapelle en partant. Ouf, elle sera là, je ne serais pas obligée d'aller à la mater.
Benjamin et Simon sont dehors, Simon vient me voir de temps en temps, je lui demande de ranger vite fait le bordel, il y a des jouets partout ! Benjamin nous rejoint, il est excité comme une puce et là je me dis que non, je préfère qu'il parte, j'ai besoin d'être tranquille.
Simon appelle ses parents. Ils sont à Saint Malo et pensent en avoir pour 45 mins mais on est dimanche soir, il fait beau, donc il y a plein de monde à Saint-Malo du coup, ils n'arriveront qu'à 20h à la maison.
Pendant ce temps je marche encore, je n'ai pas fait autant de kilomètres ces dernières semaines réunies !

Joëlle appelle, elle part, il est 19 heures. Je me dis qu'il faut que je tienne jusqu'à 20 h 30. Ca devrait aller. Après, elle va me sauver, c'est étrange ce sentiment !
J'ai des contractions toutes les 2 minutes environ et à part certaines, un peu plus puissantes, je me sent bien.
A 19 h 15, je ne peux plus marcher, ça pèse trop lourd, j'ai besoin de m'aggripper à chaque contractions. Je pense que dans un bain se sera bien, je monte faire couler l'eau.

Simon s'occupe toujours de Benjamin, dehors, il vient me voir parfois mais ça ne me gène pas qu'il ne soit pas à côté de moi. D'autant que vraiment, je sens que je ne veux pas que Benjamin me tourne autour. Pendant la vague de la contraction, j'ai besoin d'une sensation de calme comme s'il fallait que le temps s'arrête.
Je suis là dans ma baignoire, allongée sur le côté avec une toute petite bassine dans la main pour m'arroser le ventre qui dépasse généreusement de l'eau.
20 h, je commence à avoir froid, je remet un peu d'eau chaude mais j'ai pas envie de tout remplir une deuxième fois, ça ferait un énorme gâchis d'eau et la capacité du ballon électrique ne pourrait pas suivre longtemps comme ça. (J'avais encore ma logique écolo habituelle malgré tout !).

Mes beaux parents arrivent, Simon monte avec Benjamin pour le "bisou, à demain!". Benjamin fait des yeux ronds, mi-étonné, mi-amusé de me voir comme ça.
Il doit être 20 h 15 quand Simon remonte, j'ai froid, il va chercher les 2 bouilloires électriques et c'est parti pour le réchauffage de l'eau. Quelques litres d'eau bouillante de temps en temps suffisent à maintenir le tout au chaud.
Le téléphone sonne, c'est Joëlle, elle ne sait plus quelle sortie de la rocade de Rennes elle doit prendre et il est dèjà 20 h 30. Elle en a encore pour 30 bonnes minutes jusqu'à la maison.
J'ai vraiment besoin d'elle, je sens qu'elle va m'aider à tenir le coup et je dois encore attendre tout ce temps. Cela fait trois heures que tout a commencé, je me demande combien d'heures il faudra encore. Je suis scotchée au réveil.

Finalement, les minutes s'écoulent assez vite et à 21 h, Joëlle arrive. On a entendu la voiture sur les graviers. Simon descend l'accueillir et je trouve que cette demi-heure passe aussi très vite, le temps de se dire bonjour, de voir comment ça va.
J'ai envie de savoir où j'en suis. Joëlle pense que je dois sentir au fond de moi que c'est bientôt la fin. Effectivement, je sens que pendant chaque contraction, il y a une pression à l'intérieur.

Depuis le début, j'accompagne la contraction par une sorte de halètement bref, Joëlle me propose d'essayer d'expirer davantage pour faire baisser mon diaphragme et pousser le bébé vers le bas par la même occasion. C'est efficace car au bout d'1/4 d'heure, je sens bien le bébé s'engager dans le bassin et je l'aide chaque fois à descendre plus bas. Mais lors de
chaque "repos", il remonte. Simon, lui, me tient la jambe gauche en l'air et Joëlle est là pour me dire c'est bien et c'est exactement ce dont j'ai besoin sans plus.
Je suis toujours sur le côté mais la tête du bébé est dans le bassin, je ne peux plus refermer les jambes, et là Simon fatigue beaucoup du coup je fatigue aussi car j'essaie de faire fonctionner mes abdos pour tenir dans cette position. Je pert le bouchon muqueux, puis 2 ou 3 contractions après, la poche des eaux se romp.

Joëlle me demande si je veux essayer de bouger pour me mettre acroupi ou à quatres pattes.
C'est cette dernière solution qui me semble la mieux et effectivement je sens que j'ai de la force pour bien pousser. Je me met à crier très fort (pour ne pas dire hurler) pour accompagner la poussée, c'est plus fort que moi, ça aide à faire descendre le diaphragme à fond.
Je bois entre chaque contraction, elle ne me font plus vraiment mal d'ailleurs. Mon verre d'eau est posé sur l'accoudoir de la baignoire, Simon le remplit à chaque fois.

Au bout de quelques poussées, je le sent, mon bébé, qui est là contre mon périné. Joëlle me dit d'aller doucement.
Il est bien descendu et est prêt à passer mais il remonte avec la fin de la vague de contraction,
Joëlle m'encourage : -"C'est bientôt, encore 4/5 ou 10 comme ça et votre bébé est là."
Moi je réponds -"4/5 ou 10 ???"

Il descend encore et là il reste comme coincé contre mon périné, je sens la boule de sa tête, j'ai hâte maintenant car cela fait vraiment horriblement mal. Cette douleur est unique, intense, disons que je n'en avais jamais eu de similaire avant, ça brule tellement le périné est tendu.
Il a du rester comme ça 2 ou 3 contractions et d'un coup hop, la pression se relache, il a la tête de sortie.
A notre étonnement, il se met à pleurer, un vrai cri de nourrisson. Joëlle le retourne pour ne pas qu'il ait le sentiment d'être dans le vide. Et la dernière contraction arrive, je n'ai presque pas besoin de pousser, il est là, Joëlle le tient. Il est 22 h 12 au réveil, 22 h 06 en réalité. Je met mes bras vers le bébé et je le prends, le serre. Joëlle nous recouvre tous les deux de serviettes. Je suis assise dans l'eau (rouge ...) et l'on admire tous les deux ce bébé qui n'en finit pas de pleurer.

Je ne sais pas exactement au bout de conbien de temps on réalise que l'on ne sait pas si c'est une fille ou un garçon. Je soulève la serviette, c'est un garçon, bienvenue Anaël ! Joëlle nous laisse faire connaissance.
Cet instant est quasiment indescriptible, on est en train de tombé amoureux de ce bébé violet avec plein de vernix... Il est magnifique !

Le cordon arrête de battre, joëlle le clampte, Anaël est autonome.
Je commence à avoir un peu froid, Joëlle me propose d'aller sous la couette dans le lit (comme ça l'installation du lit n'aura pas servi à rien).
On allume une petite lampe, Anaël commence à téter et là j'ai envie que Benjamin revienne à la maison. Simon va prévenir ses parents que le bébé est là et leur demande si Benjamin dort déjà (ce qui aurait été extraordinaire).

Joëlle revient avec la "bassine à placenta" et sa lampe de poche et me dit qu'elle attend mon signal, si j'ai envie de pousser ? Non ? ah si ! et hop mon bébé est relié à la bassine !!
Simon revient et Joëlle lui propose de couper le cordon. Ce qu'il fait, elle récupère du sang du cordon (fameux rhésus négatif...). Mon périné est intact, rien à faire c'est super !

A 23 h, mes beaux-parents arrivent avec Benjamin. Simon dit à Benjamin -" Viens voir, il y a une surprise". arrivé là haut -" Bin elle est où la surprise ?" -"Là, dans les bras de maman !!"
Et Benjamin : -" C'est pas une surprise ça, c'est le bébé !!" Implaquable ...

Anaël dort paisiblement, puis se réveille. Joëlle en profite pour faire les premiers examens. Il pèse 3 Kg 750. Il n'aime pas être posé et retourne très vite dans les bras de papa, enroulé dans une serviette. Simon, ses parents, Benjamin et Anaël descendent dans le salon.
Moi, j'en profite pour faire une douche et Joëlle me propose de refaire le lit. Je lui montre les tiroirs.

Dans la douche, je regarde mon bidon tout flasque et je me dis ça y est ce bébé est là, on l'a fait !
J'en reviens pas, je l'ai mis au monde y a pas deux heures et j'ai déjà oublié les douleurs des contractions.
Joëlle m'aide à sortir de la douche et me dit que je n'ai pas perdu beaucoup de sang.
Je retourne dans le lit, je n'ai pas sommeil, je suis comme euphorique ! C'est un indescriptible sourire intérieur qui remonte jusqu'aux oreilles.

Il est aux alentours de minuit, Benjamin monte me rejoindre, il est fatigué et veut téter. Il s'endort en 5 mins et je le pose dans notre lit.
Je ne sais plus ce que je fais au juste de ce temps mais j'apelle ma mère et mon père vers 1 h du mat à peu près. Ah! si! Je sais : je mange des rondelles de concombre ! Je vais doucement, ça dure bien 3/4 d'heure.

Joëlle a préparé tous les papiers et vient m'expliquer tous les trucs. Anaël a un carnet de santé de Loire-atlantique du coup. Tout est là pour me rapeller cette naissance spéciale.
Joëlle s'en va, mes beaux-parents aussi. Simon met Benjamin dans son lit et pose Anaël endormi au milieu du lit. Il est toujours enveloppé dans une serviette. Il se réveille vite et Simon va l'habiller pour la première fois.
On passe notre première nuit à 4, Anaël est resté toute la nuit tout contre moi pour téter à volonté.
Début d'une nouvelle vie, d'un nouvel amour...

Nathalie, une autre sage-femme, vient me voir le soir pour voir si tout va bien. Et oui tout va bien... vraiment. Je ne ferais pas un marathon mais je n'ai pas cette sensation d'effondrement physique que j'ai eu après la naissance de Benjamin.
J'ai beaucoup apprécié la tranquillité des premiers jours, car nous n'avions prévenu que les gens très proches, donc ni coups de fils, ni visites. Ca change de la multitude de passages à la mater (infirmières, aide-soignantes, repas, sage-femme, puéricultrice, internes...).

Je termine ce récit, Anaël a déjà 4 mois (7kg500, 66 cms, 2 dents !) et j'ai l'impression que c'est loin tout ça et que quelques détails m'ont sans doute échappé.....mais ma baignoire, c'est sur, a maintenant quelque chose de spécial !
Par Magali - Publié dans : Naissance respectée
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Vendredi 27 octobre 2006 5 27 /10 /Oct /2006 18:17

C’est MOI qui accouche !
une nouvelle très polémique de Salomé Viviana

Les accouchements physiologiques, c’est-à-dire sans complications, représentent plus de 80% des naissances. Cela signifie que plus de 80% des mamans peuvent donc accoucher " normalement ", sans avoir besoin d’autre chose que l’assistance d’une sage-femme, professionnelle justement formée à l’accompagnement de ces naissances. Son rôle est avant tout de veiller au bon déroulement de l’accouchement, rassurer et encourager la maman et prévenir l’obstétricien en cas de difficulté.

 

L’accouchement aujourd’hui ne ressemble à rien de cela. La plupart des obstétriciens ne l’envisagent que comme une pathologie nécessitant une importante prise en charge. Résultat : la maman amène son corps (si elle pouvait éviter d’amener son psychisme avec, ça simplifierait les choses) et l’équipe de la maternité s’occupe du reste. Le maître mot est "faire confiance". Mais faire confiance à qui, me direz-vous ? A la maman qui accouche ? Sûrement pas ! Au mieux, elle n’a accouché que quelques fois dans sa vie et son expérience, nécessairement limitée, est totalement subjective ; tandis que nous, à la maternité, nous sommes les spécialistes de l’accouchement : nous en voyons plusieurs par jour. Vous devez donc NOUS faire confiance. Nous savons ce qui est bon pour vous.

Si vous posez beaucoup de questions, c’est mauvais signe ; signe que vous doutez de nos compétences ; signe que vous vous méfiez ; signe que vous réfléchissez. Or, n’étant ni médecin, ni sage-femme, vous n’avez pas tous les éléments en main pour raisonner correctement. Et vous les fournir nous prendrait trop de temps, à nous qui sommes en sous-effectif chronique.

Nous allons donc vous accoucher. Oui Madame, c’est comme ça que l’on dit : au 21ème siècle, VOUS n’accouchez plus, ON vous accouche. De sujet, vous devenez complément d’objet direct. Vous avez bien lu, " objet ". la syntaxe n’est jamais neutre.

N’ayez pas peur, on s’occupe de tout : on va vous déclencher-perfuser-monitorer-lobotomiser (oups ! je dérape !) - épisiotomiser- forcepsiser ou césariser. Vous voyez ? tout se passera très bien ; nous avons la situation en main.

Parfois ça se corse parce que la situation (c’est vous) n’est pas d’accord ; elle se rebelle. Alors on est obligé de sortir le grand jeu : vous ne vous rendez pas compte des risques que vous courez, ou pire, que vous faîtes courir à votre bébé. Nous, nous savons (nous sommes les professionnels), vous pas ; (vous êtes innocente, pour ne pas dire inconsciente) et nous sommes là pour vous protéger, vous et votre bébé, y compris contre vous-même.

En général, ce mélange de menaces culpabilisantes à peine voilées et de paternalisme bon teint suffit à faire renter la récalcitrante dans le rang. Surtout si c’est son premier enfant, parce qu’elle manque de confiance en elle.

Mais en cas de besoin, on va chercher le père-de-l’enfant-à-naître à la rescousse. Souvent, c’est assez facile : il est là, à côté, à ne pas savoir quoi faire, inquiet de se trouver dans cette pièce glaçante près de sa femme-amie-conjointe-concubine-épouse-mère-de-son-enfant métamorphosée. Il sera fier d’avoir enfin un rôle à jouer. Monsieur, dîtes à votre femme d’être raisonnable, elle ne va tout de même pas refuser la péridurale ! Elle va souffrir, vous savez. Une péridurale, c’est si simple ! Là, en général, il craque.

Il est des cas rares où des femmes refusent ce qu’elles appellent notre " interventionnisme à outrance " et prétendent accoucher de façon naturelle. Il y en a eu une, un jour, qui a refusé la perfusion que l’on met en place au début du travail et qui est destinée à préparer une voie veineuse en cas de besoin, en nous indiquant qu’elle se portait bien, merci, mais qu’il serait temps de la lui mettre si son état se dégradait. Elle voulait rester libre de ses mouvements. Pour la même raison, elle a refusé le monitoring en continu et n’a pas cédé à notre chantage en nous indiquant que vivre, c’était prendre des risques et accoucher aussi, et qu’elle les assumait. Lorsqu’on lui a proposé la péridurale-remède-à-tous-ses-maux avec insistance, même refus poli et ferme.

A la question que je lui ai posée, de savoir comment elle allait faire alors pour supporter la douleur, elle m’a d’abord répondu que c’était mon rôle de l’aider à trouver des positions antalgiques (elle est bien bonne : on n’apprend plus ce genre de choses dans les écoles de sages-femmes aujourd’hui !) et a demandé à prendre un bain. Je me suis alors souvenu de ce qu’une collègue m’avait dit : elle l’avait eu en séance de préparation-à-la-naissance-conditionnement-des-mères-à-accepter-notre-interventionnisme-tous-azimuts, et lui avait demandé si nous étions équipés d’une baignoire.

Nous avons bien une baignoire, mais elle n’a pas servi depuis que M. G., ce vieil obstétricien réticent envers les nouvelles techniques d’accouchement, est parti à la retraite il y a bientôt deux ans. Je lui ai donc répondu que ce n’était pas possible. Regard noir du mari-époux-conjoint-père-de-son-enfant qui me demande où est cette fameuse baignoire (dans la pièce derrière, Monsieur), et sors tout de go avec sa femme-en -travail à son bras.

- Vous n’allez tout de même pas...
- Je ne vais tout de même pas quoi ? Nous sommes venus dans cette maternité parce qu’il y a une baignoire. Vous nous préparez la baignoire, ou c’est à moi de le faire ?

La voilà donc dans le bain ; penchée en avant, son mari lui masse le dos. Je suis obligée de venir les voir souvent pour m’assurer que tout se passe bien étant donné qu’ils ont refusé d’enregistrer les battements du c ?ur du bébé et que la surveillance par vidéo n’a pas été installée dans cette pièce. Ça me prend beaucoup plus de temps qu’un accouchement classique ; heureusement que les autres mères sont plus dociles.

Il faut dire que le père n’est pas commode non plus : tout à l’heure, il a mis fin au défilé de mes collègues curieuses d’apprendre comment pouvait se dérouler le travail dans une baignoire, en exigeant que moi seule continue à les assister pour l’accouchement. Je ne suis pas très rassurée car cela signifie qu’en cas de problème, c’est moi qui serait responsable, alors qu’ils s’obstinent à refuser tout le protocole. Je vais aller chercher l’obstétricien, on ne peut pas continuer comme ça.

Lorsque l’obstétricien est arrivé, elle était sortie de l’eau et faisait des étirements, toujours penchée en avant avec le ventre dans le vide. Il l’a regardé faire avec amusement et lui a demandé le pourquoi de cette gymnastique. " Parce que j’ai mal aux reins " a-t-elle répondu. " On ne vous a pas dit que le bébé avait le dos à droite ? Il me comprime le nerf sciatique ; si je me penche en avant, j’ai moins mal ". Celle-là, on ne lui en conte pas.

Le père-de-son-enfant :
- Vous devriez l’examiner, je crois que le bébé arrive.
- Au bout de trois heures de travail ? Vous plaisantez !
- Je ne plaisante pas ; regardez, elle commence à pousser.

Branle-bas de combat. On l’aide à aller jusqu’à la table d’accouchement. Au moment de l’installer les pieds dans les étriers, je la vois qui se crispe.

- Je ne peux pas.
- Comment ça, vous ne pouvez pas ?
- Je ne peux pas me mettre sur le dos, ça me fait horriblement mal aux reins.
- Pourtant, il va bien falloir qu’il naisse, cet enfant !

Le père-de-son-enfant intervient : " Il faut essayer sur le côté, comme en Angleterre. " L’obstétricien, ébahi : " Sur le côté ? On n’a jamais fait ça ici. " Le père-de-son-enfant, du tac au tac : " Il y a un début à tout. Vous êtes à la bonne hauteur pour travailler, comme d’habitude. Ma femme n’a plus mal aux reins, ce qui vous évitera de l’entendre hurler. Quant à moi, je lui tiendrai la jambe levée. De tout façon, on n’a plus le temps de tergiverser. Et je vous préviens, elle ne veut pas d’épisiotomie. "

L’obstétricien avale sa salive. Quelques minutes plus tard, un long gémissement : l’enfant est là. Pas de déchirure ni la moindre égratignure ; le périnée est intact. Le visage radieux de celle qui a la fierté d’avoir mis son enfant au monde. Ce couple me désarçonne.

Je les ai laissés un quart d’heure pour faire connaissance avec leur enfant, comme d’habitude. Quand je suis revenue, le bébé était déjà au sein. Visiblement, ils n’avaient pas eu besoin de mon aide. Lorsque j’ai voulu le baigner, le père m’a répondu qu’il allait le faire (j’aurais dû m’en douter) et que de toute façon, il n’était pas sale.

Elle a quitté la maternité dès le lendemain en signant une décharge et après avoir refusé la visite du pédiatre au motif qu’elle avait huit jours pour montrer son enfant au médecin de son choix. Elle n’a pas rempli les tableaux mentionnant les horaires des tétées et les quantités prises à chaque fois par son bébé. Ils ont " oublié " sur le lit la longue ordonnance (vitamines D et K, fluor, bétadine...) rédigée systématiquement par le médecin. Ils prétendent que comme il y a du soleil et que le bébé est allaité, il n’aura pas de carences, et elle estime pour sa part ne pas avoir besoin de se désinfecter matin et soir. Ils nous ont tout de même indiqués qu’ils allaient faire venir une sage-femme à domicile pour les soins post-natals pendant une semaine.

Je ne suis pas rassurée. Leur excès de confiance cache de l’inconscience. Ils ne se rendent pas compte de ce que c’est que de s’occuper d’un nouveau né. Je vais suggérer à l’équipe d’alerter les services sociaux du département.

 

Salomé Viviana


 

article paru sur le site de Martin Winckler : http://martinwinckler.com/
Par Magali - Publié dans : Naissance respectée
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Vendredi 27 octobre 2006 5 27 /10 /Oct /2006 18:06
Voici, le texte d'un Sage-femme Belge sur l'Accouchemend à domicile :

"Ces femmes là prennent le risque de...
...ne pas être déclenchée artificiellement (chimiquement ou mécaniquement), ni celui de ne pas être anesthésiées … de ne pas être conforme à la norme, et de ne pas connaître l'iatrogénie de tout acte technique.
Elles prennent le risque de ne pas être "visitées" dans leur intimité par les doigts d'un(e) inconnu(e). Elles prennent le risque de ne pas être perfusée, et donc de ne pas être reliées par leur veine à la matrice hospitalière. De ne pas être interdites d'alimentation et de boissons énergétiques. Elles prennent le risque de ne pas avoir l'entrejambes rasé, ni le rectum vidé par un produit irritant, et de ne pas être stérile comme l'exige toute opération chirurgicale. Elles prennent le risque de n'être infectées que par les germes que son organisme connaît, et honte sur elles, car elles ne contribueront pas à la dissémination des germes résistants aux antibiotiques.
Elle prennent le risque de pouvoir bouger comme elle le souhaite et de prendre la position que leur corps et leur psychisme leur proposent ou leur imposent. Elles ne seront impudiquement ouvertes qu'aux seuls regards de leur compagnon et de leurs éventuels enfants. Elles obligeront ainsi leur sage-femme à s'agenouiller par terre ; cet inconfort et le sentiment d'infériorité qu'il ou elle ressentira risque de la rendre moins compétent(e). Elles prennent le risque de ne pas bénéficier de la porte qui s'ouvre subitement pour aérer la pièce. Elles prennent le risque de ne pas être assistée par tout le village, et de devoir se passer des conseils et des encouragements de personnes qu'elles n'ont jamais vues auparavant. Elles prennent aussi le risque de devoir, bestialement, uriner comme elles le font habituellement, et donc de ne pas être sondée par une main experte. Elles prennent le risque de pouvoir toucher elle-même leur sesque avec leur mains sales, et de devoir masser elles-mêmes leurs chairs à la place de mains gantées.
Elles prennent le risque de pouvoir prendre leur temps, de ne pas entendre quelqu'un leur intimer l'ordre de pousser comme cela est décrit dans tous les bons manuels. Elles prennent le risque de ne sentir que par elle-même le moment opportun et l'unique manière de se joindre aux efforts réflexes de son corps et de celui de son bébé pour naître. Elles prennent le risque de ne pas se conformer à l'ordre établi, et de n'être qu'en phase avec la singularité de leur histoire et de leur être.
Elles prennent le risque de ne pas bénéficier d'une épisiotomie, de ne pas porter la marque indélébile d'un professionnel, d'avoir un périnée intact et de ne pas pouvoir utiliser les glaçons et autres bouées, de ne pas se plaindre d'avoir encore mal plusieurs semaines après l'accouchement, et de ne pas souffrir de dyspareunie durant l'année qui suit.
Et comble de l'horreur, elles prennent le risque de porter à vie la responsabilité d'un bébé qui n'aura pas bénéficier de piqûre dans la fesse, de liquide brûlant dans les yeux, de prise de sang dans le talon ou dans la main, d'un tuyau dans les bronches, d'un thermomètre dans l'anus, …
Elles prennent le risque de devoir rester avec leur bébé continuellement contre elle, de ne pas être réveillée si elle devait s'endormir dans les heures qui suivent l'accouchement.
Elles prennent le risque de voir devant elle le sourire leur compagnon, d'être intimement touchée par cet homme qu'elles connaissent trop bien. Et eux, ces hommes, prennent le risque de servir à quelque chose, de ne pas pouvoir démissionner, de ne pas pouvoir se soumettre à une autorité, de pouvoir quitter la pièce sans devoir s'excuser, de pouvoir se coucher près de leur femme, de devoir s'endormir dans son lit près d'elle et de son bébé comme il doit le faire depuis tant de temps.
Ces femmes-là, en effet, prennent le risque de s'estimer et de ne pas pouvoir aduler et remercier le ou la spécialiste qui aurait accouché à sa place. Mais heureusement, cette barbarie n'arrive qu'à une demi femme sur cent ! Ou, autrement dit, pourquoi faut-il toujours lier la notion de risque à l'accouchement à domicile ? sans jamais préciser combien de risques sont évités par rapport à ceux créés par l'environnement hospitalier!

Jean-Claude Verduyckt sage-femme en Belgique"
Par Magali - Publié dans : Naissance respectée
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